Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie
Secrétariat d'Etat à l'Industrie


Conseil Général 
des Mines
Conseil Général
des Technologies de l'Information

 

Internet et PME
mirage ou opportunité ?
Pour un plan d'action
Contribution à l'analyse de l'économie de l'Internet

Rapport de la Mission conduite par

Jean-Michel YOLIN, Ingénieur Général des Mines

avec
Jean-Claude Merlin, Ingénieur Général des Télécommunications
Grégoire Postel-Vinay Ingénieur en Chef des Mines
Christian Scherer Ingénieur en Chef des Mines


Mise à jour du 15 novembre 1999



Table des matières








Préambule.

L'an dernier ce rapport était élaboré à la demande du Ministre afin

· d'examiner de quelle façon Internet pouvait participer à la compétitivité de nos entreprises

· de contribuer à la réflexion sur les actions à conduire au profit des PME.
Depuis lors, dans notre pays, beaucoup de chemin a été parcouru sous l'impulsion d'initiatives tant publiques (dans le cadre du PAGSI) que privées.

Quatre nouvelles missions aux Etats-Unis et de très nombreux contacts avec des entreprises françaises et européennes nous ont cependant montré que si 1998 a été ici l'année du décollage, outre atlantique comme chez nos voisins d'Europe du Nord ce fut celle de l'accélération.
· Certes nous ne nous laissons plus distancer en valeur relative

· Mais nous ne comblons pas encore notre retard vis à vis de pays qui poursuivent une croissance exponentielle ni en terme de volume ni en terme de sophistication des usages
Si nous ne sommes pas conduits à apporter des changements majeurs dans nos analyses quant aux enjeux et aux opportunités il n'en reste pas moins qu'un certain nombre de concepts nouveaux ont émergé, que les idées se sont affinées et que le "gisement d'idées" que nous avons essayé de constituer pour ceux qui veulent aller de l'avant s'est largement enrichi et ne se limite pas aux petites entreprises.

Aussi un grand nombre de personnes (entreprises, sociétés de conseil, organismes de formation, ...) nous ont suggéré d'assurer la mise à jour d'un rapport qu'ils utilisent comme document de référence (support de cours, source d'exemples d'application pour la sensibilisation et le conseil, guide méthodologique, ...).

La présente version essaye de répondre à cette demande avec une refonte totale de la partie centrale de la première version.

Comme la précédente, celle-ci est consultable à l'adresse www.ensmp.fr/industrie/jmycs (depuis sa première publication ce rapport a reçu 520.114 requêtes provenant de 61 pays), où il est possible de la télécharger ou de l'utiliser en format html comme plate-forme de navigation pour accéder à toutes les sources citées.

En outre une page de News - www.yolin.net - permettra de continuer à l'enrichir progressivement par des développements spécifiques (intelligence économique, création d'entreprises dans les NTIC, infrastructures et aménagement du territoire, Internet et collectivités locales, ...) et de rester à votre écoute pour continuer à capitaliser notre expérience collective.

Merci à tous

197


Jean-Michel Yolin

mise à jour du 15-novembre-1999

"Ce qui est marginal mais croît de façon exponentielle peut devenir majeur"

Jean-Claude Pelissolo

Quelles initiatives prendre ?

1 L'Internet en deux mots

1.1 Le fruit étrange de la liaison entre la rigueur des militaires et la créativité libertaire des chercheurs sur fond de guerre froide

Aujourd'hui celui que l'on appelle le "réseau des réseaux" est devenu incontournable. Il a ses fans, fascinés par ses possibilités immenses. Il a aussi encore quelques détracteurs de plus en plus rares, qui ne manquent pas une occasion de mettre en évidence ses défauts de jeunesse ou les points faibles liés à sa conception et l'absence de contrôle qui en fait sa force aux yeux des uns et sa faiblesse aux yeux des autres.

1.1.1 Dans les années 70, une initiative pour limiter la vulnérabilité des réseaux informatiques en cas d'attaque nucléaire :

1964 : le Ministère américain de la Défense a l'idée d'un réseau de communication sans véritable direction centralisée, conçu de façon à demeurer opérationnel même si des portions entières du réseau tombent en panne ou sont détruites

Paul Baran de la Rand Corporation en invente l'architecture avec la numérisation du réseau et le découpage de l'information en petits blocs : L'originalité du système mis en place, qui assure son invulnérabilité, est l'absence de point central : Le réseau fonctionne sur un mode purement coopératif avec une multitude d'ordinateurs et de réseaux locaux ayant tous les mêmes prérogatives.

Chaque ordinateur "serveur" qui se connecte pour émettre et recevoir sur l'internet, participe en outre au routage des messages qui circulent à travers le monde selon des cheminements quelque peu aléatoires : il reçoit des serveurs voisins des "paquets d'information" (les messages trop longs doivent en effet être tronçonnés en petits "paquets") et en fonction de l'adresse de destination, le transmet à son tour à un autre ordinateur qui se trouve "à peu près" dans la bonne direction et dont la ligne est disponible (les paquets composant un même message empruntent éventuellement des chemins différents et n'arrivent pas obligatoirement dans l'ordre initial)

Réaction1(*) d'AT&T: "c'est aussi stupide que de mettre le pétrole dans des tasses à café pour le transporter dans un pipeline".

En 1969, Larry Roberts de l'Agence américaine de l'armement (Arpa) demande à quatre universités américaines de mettre ces idées en pratique dans un réseau expérimental. Quatre supercalculateurs sont interconnectés en 1971 : c'est le réseau Arpanet:

Dès cette époque se met en place ce que certain ont appelé une "adhocratie" avec une coordination d'étudiants qui développent les idées de "protocoles" et de "RFC" (Request For Comment) permettant de lancer les idées nouvelles et de les tester auprès de la communauté

Les chercheurs américains utilisent très vite ce réseau qui leur permet de se partager des capacités de calcul, très onéreuses à l'époque.

1.1.2 Un apport décisif des chercheurs en terme d'ergonomie et de convivialité :

Mais rapidement, comme c'est souvent le cas pour des innovations radicales 2(*) ce n'est pas l'usage pour lequel il avait été conçu au départ qui prédomine : le réseau est de plus en plus utilisé pour consulter des bases de données, échanger des articles scientifiques puis des messages.

Quelques étapes :

1971 Louis Pouzin, chercheur à l'INRIA, épaulé par Michel Montpetit inventa le "datagramme", pièce essentielle de la transmission par paquet qui ne nécessite plus l'immobilisation d'une voie de communication comme le protocole américain de l'époque (Host-Host) : c'était le début du réseau Cyclades.

1972: André Truong, créateur de la Société R2E, et François Gernelle, son directeur général, pour répondre aux besoins de l'INRA (Institut de Recherche Agronomique) invente le premier micro-ordinateur : le Micral, autre pièce essentielle du futur réseau Internet, (réaction d'alors d'un haut responsable de Bull "vous n'avez jamais rien compris à l'informatique"),

1972 sur l'initiative des chercheurs américains, invention du courrier électronique et du "@" et création d'un groupe de travail en vue de définir un standard d'interconnexion.

1974 : Vinton Cerf met en oeuvre le concept de datagramme, développé avec "Cyclades", dans le réseau Arpanet pour créer un des protocoles de base de l'Internet : TCP (protocole de contrôle de transmission)

Dès cette période, la participation de pays autres que les Etats-Unis à des travaux de spécifications et de tests est non négligeable : En France, l'inria et le Cnet www.cnet.fr sont particulièrement actifs.

C'est aussi l'époque où le CNET "invente" l'ATM www.atmforum.com qui a été jusqu'à aujourd'hui une technologie essentielle pour accroître de façon considérable les capacités de transports des réseaux de télécommunications pour la transmission de données.

1977 : , le protocole d'adressage IP (Internet Protocol) voit le jour : il vient compléter le protocole TCP. Dès lors, pour reprendre la définition de l'AFTEL :

"Un internet est alors défini comme un ensemble de réseaux interconnectés et l'Internet, comme l'ensemble des réseaux Internet interconnectés à l'aide du protocole TCP/IP"

76-78
: le projet Cyclades beaucoup trop "déstabilisant", moins "contrôlable" pour les modèles établis dans notre pays, se heurte à une très violente hostilité de l'administration des PTT : celle-ci développe la norme X25 issue du protocole "Host-Host" américain, crée Transpac et obtient l'arrêt du projet Cyclades (qui n'aura coûté au total que 20 MF) : le protocole TCP IP devient "hors la loi" (alors qu'à ce moment il permettait déjà des débits 30 fois plus élevés : 2.000 kbit/s contre 64 kbit/s pour Transpac).

Dany Vandrome, Directeur de Renater, www.renater.fr rappelle qu'en 1984 nos chercheurs devaient se déplacer à Londres pour se connecter à ARPANET ...

Sur cette base est lancé le Minitel à l'abri des perturbateurs. "A cette époque déjà les tarifs dans notre pays plus du triple de ceux pratiqués aux Etats-Unis pour les entreprises" (Robert Mahl, Annales des mines - nov 96).

1981: la NSF (National Science Foundation) décide de financer un réseau "Computer and Science Network" qui deviendra plus tard le NSFNet afin d'offrir aux universités des services tels que la messagerie.

1982 la bureaucratie et les grandes entreprises américaines (IBM, Digital, HP,..)essaient d'imposer un standard "vraiment professionnel": l'OSI: le consensus des internautes sur TCP/IP conduit à l'échec de cette offensive

1990: Tim Berners-Lee chercheur au CERN www.cern.ch (centre d'étude et de recherche nucléaire de Genève) invente avec ses collègues le World Wide Web (WWW) et le langage hypertexte (HTML) www.w3.org/History.html :

Derrière les images ou les mots clefs choisis par les auteurs de pages publiées sur le réseau, se cachent les adresses (hyperliens) d'autres pages d'information, situées éventuellement à l'autre bout du monde.

1993 :Grâce aux navigateurs dont l'ancêtre fut MOSAIC inventé par Marc Andreesen de l'université de l'Illinois, d'un simple clic de souris, l'internaute peut naviguer vers cette nouvelle adresse sans avoir besoin de savoir ni où il va, ni par quel chemin.

L'Hypertexte contient aussi bien des images, des sons ou des séquences vidéo que du texte proprement dit.

L'augmentation de puissance des PC à prix constant, (voire décroissant) leur facilité d'emploi, permettent à cette même époque une explosion du nombre d'internautes.

2000 Lancement par le gouvernement américain du projet NGI (internet de nouvelle génération) l'objectif des USA n'est plus militaire stricto-sensu mais il n'en est pas moins considéré comme un enjeu stratégique majeur pour conserver leur leadership

1.1.3 Qui paye ? Qui contrôle ? :

1.1.3.1 Aujourd'hui un financement à 90% privé et une régulation par consensus

Depuis 1995, la National Science Foundation (NSF) ne finance plus le réseau des universités américaines, qui constituait l'ossature d'Internet (arrêt des subventions au NSFNet).

Depuis avril 1995, Internet fonctionne en réseau coopératif. Aujourd'hui chacun (les opérateurs principaux, les prestataires grand public, les entreprises, les particuliers) paie un tronçon de réseau.

Les fonds publics avaient assuré au début la croissance du réseau, mais les entreprises ne dépendant pas des organismes payeurs ne pouvaient pas y accéder. Depuis, des réseaux (au départ indépendants), à vocation commerciale se sont mis en place et connectés au réseau des réseaux.

A l'heure actuelle, la majorité du trafic est d'origine commerciale et plus de 90% du financement proviendraient de fonds privés.

1.1.3.2 ...sauf pour préparer la génération suivante : une action forte de l'Etat américain

L'arrêt des financements publics de l'Internet ne signifie nullement que les pouvoirs publics américains se désintéressent de cet enjeu, toujours considéré comme vital sur le plan géopolitique comme l'a montré la dernière campagne présidentielle. Bien au contraire ils ont lancé deux grands projets très ambitieux :

NGI : Next Generation Interne ( www.ngi.gov) visant à créer une infrastructure "Terabit" mille fois plus puissante que l'actuelle : VBNS (Very High Performance Backbone Network Service www.vbns.net) et mobilisant les moyens du pentagone (DASA, NSA) de la NASA et du département de l'énergie (DOE).

Internet 2
www.internet2.edu avec les universités, centres de Recherche et Industriels pilotes qui ont l'objectif de développer de nouvelles applications tirant parti de cette puissance nouvelle (travail coopératif, médecine, éducation, commerce, ...)

Un projet analogue est en cours de développement au Canada : Canarie (
www.canarie.ca)

www.canet.upc.es/ngi.world.html
présente une vue globale des projets "NGI" dans le monde.

Certains regrettent vivement que l'Europe ne se donne pas les moyens de rester dans la course pour cette prochaine étape qui se prépare outre atlantique tant au niveau des infrastructures que des nouvelles applications permises par celles-ci, alors que les moyens financiers sont relativement modestes (100 millions de dollars par an pour le projet NGI: ce n'est guère que 1/350e de la capitalisation d'une entreprise qui a émergé de la génération actuelle comme Yahoo!)

1.1.3.3 Qui le contrôle ? : une régulation par consensus

La philosophie d'Internet est assez bien résumée dans cette phrase de Dave CLARK, prononcée pour l'IETF (Internet Engineering Task Force www.ietf.org) :

"Nous rejetons les rois, les présidents et le vote.

Nous croyons dans le consensus et les règles évolutives".

Dans cet esprit la notion même de contrôle de l'Internet est très largement rejetée,

L'association étroite entre les phases de développement et de déploiement "rough consensus and running code" favorise plus l'innovation que les positions acquises.

Le fonctionnement de l'Internet est assuré par un certain nombre de commissions et groupes de travail

En 1992 l'Internet Society est chargée d'assister l'IETF et l'IAB (Internet Architecture Board), avec pour mission de diffuser l'information au public, de promouvoir la coopération mondiale et la coordination d'Internet, de ses technologies interréseaux et de ses applications.

L'IETF suit l'évolution des protocoles TCP/IP, de leur standard et de leur intégration avec d'autres protocoles.

Existe aussi, en matière de recherche, l'Internet Research Task Force (IRTF) qui explore les techniques avancées en matière de communications/réseaux, et, pour le développement d'un droit adapté à Internet, l'ILPF (Internet Law&policy Forum)

ISTF (Internet Societal Task Force, présidé par Vint Cerf se penche sur l'impact sociétal de l'Internet et plus concrètement WAI (Web Accessibility Initiative) met au point des standards afin de rendre accessible le web aux handicapés notamment les aveugles.

Enfin, il faut citer le WWW Consortium (ou W3C) pour développer et promulguer des normes (comme Http en partenariat avec l'IETF, HTML, XML,...), ainsi que ICANN www.icann.org (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) qui a récemment remplacé l'IANA après d'intenses débats au sein d'un forum international et qui est chargé des questions de noms de domaines et des adresses.

L'INRIA joue dans ce domaine un rôle majeur puisqu'il est l'un des trois piliers mondiaux du WWW Consortium aux côtés du MIT aux USA et de l'université Keio au Japon et qu'elle en assure aujourd'hui la présidence.

Malgré cela Jean-François Abramatic, Président du consortium ne peut que regretter "un déficit de compétences françaises particulièrement apparent dans les organisations de standardisation de l'Internet"

1.1.4 Une technologie peu onéreuse, et accessible aux PME

La recherche d'informations économiques ou techniques ne nécessite en première étape que l'achat d'un micro-ordinateur (moins 5.000 F) et l'abonnement à un fournisseur d'accès internet (FAI - Provider: entre 0 et 100 F par mois).

Créer un simple site Web coûte de 5 à 100 kF d'investissement initial et entre quelques centaines et quelques milliers de F par mois pour les mises à jour et l'hébergement (il nous a même plusieurs fois été indiqué que les sites les plus réussis avaient été réalisés par de jeunes ingénieurs en stage).

"C'est 20 fois moins cher qu'un serveur vidéotex" (Henri de Maublanc président de l'AFTEL)

La taille de l'entreprise ne paraît pas un facteur déterminant du succès :

Bern KRETSCHMER spécialiste allemand d'Internet écrit :

Sur le réseau, ce qui compte est l'image qui s'affiche à l'écran : elle se fait remarquer grâce à la créativité et à la richesse des idées.

Les grosses entreprises sont plutôt sous-représentées sur Internet parce que des marchés rapidement mouvants réclament des collaborateurs particulièrement dynamiques et des décisions extrêmement souples...

Pour se présenter elles-mêmes sur le Web, de petites sociétés n'hésitent pas à employer de jeunes diplômés, pleins d'allant, et souvent habiles. Alors que les grosses sociétés confient souvent leur présence sur le Web aux Agences de publicité. Celles-ci n'apprennent que lentement les lois du Web qui sont différentes de celles qui appartiennent à l'univers de l'imprimé.

A Autrans'99 Christian Huitema déclarait : " quand j'étais jeune, pour gagner mon argent de poche, je tondais la pelouse du voisin, aujourd'hui mes enfants font le site web du commerçant du coin "


Nous avons pu de nombreuses fois vérifier la justesse de cette analyse.

Pour le client, ce qui est important, c'est de trouver une forte capacité d'écoute auprès de son fournisseur et, là encore, c'est souvent la PME qui sera la plus réactive.

Christophe Lambrecht
, fils du patron d'une petite entreprise artisanale "l'écrin du meuble", fabricant des meubles de style à Corbeil-Essonnes, disposait entre sa sortie et l'école et son départ au service militaire en février 98 d'une courte période qu'il mit à profit pour créer un site catalogue www.chez.com/ecrin : quelques semaines après un acheteur américain distributeur de literie française prenait contact avec lui pour venir voir la production

C'est aussi le fils de Christian Hébert qui a développé le site
www.mangastore.com , librairie Teshima spécialisée dans les bandes dessinées japonaises

Les Américains ont coutume de dire : "with the internet you can be small and look big"

L'internet est même à la portée des entreprises "SOHO" (small office, home office), éventuellement même en utilisant internet par l'intermédiaire de cybercafés

comme par exemple la chaîne Kinko's aux USA qui offre un environnement professionnel aux très petites entreprises, avec facturation à l'heure : accès internet, imprimantes haut de gamme, fournitures spéciales, gestion comptable,...ou plus modestement mais avec de grandes ambitions, NewWorks dans le IXème arrondissement à Paris
www.newworks.net

Nous avons même pu noter que la plupart du temps dans les grandes structures privées ou publiques les développements réussis étaient le fait de " francs-tireurs" agissant en marge (voire contre) les hiérarchies

L'existence d'un service informatique puissant est généralement considérée comme un lourd handicap au départ car celui-ci a naturellement tendance à brider des développements qui lui échappent.

Bernard Siouffi
, délégué général de la VPC, souligne que, heureusement, avec le décollage du commerce électronique les projets internet commencent à quitter les directions informatiques pour aller dans celles chargées du Marketing

Cette évolution ne se fait pas sans crises comme nous avons pu le noter à plusieurs reprises

De même une direction de la communication richement dotée risque d'émasculer la dimension stratégique de la mutation vers l'internet en la confinant dans le monde du paraître

Netsurf
signale par exemple qu' en 1997 lorsqu'on a voulu féliciter LCI (filiale tout info de TF1)de sa remarquable initiative on s'est rendu compte que les dirigeants de la chaîne ignoraient même qui en était à l'origine.

Dans un registre voisin Jean-Noël Tronc (Annales des Mines de nov96) rappelle qu'un des sites les plus visités - le WebLouvre - est issu de l'initiative privée d'un étudiant parisien (Nicolas Pioch) et que la première initiative significative dans l'administration - ADMINET - a été le fait d'une initiative personnelle d'un fonctionnaire (qui a pu heureusement s'appuyer sur l'Ecole des Mines de Paris) mais qui n'a pas toujours bénéficié d'encouragements particuliers de sa hiérarchie


Les PME ayant su occuper de petites niches de produits ou services à vocation internationale, sont sans doute parmi les mieux placées pour une utilisation efficace d'Internet

De même grâce à Internet l'échange de données informatisées EDI entre entreprises a vu ses coûts s'effondrer d'un facteur supérieur à 20 (et ce coût va sans doute encore baisser dans l'avenir avec le développement de XML)

Ce qui était réservé aux grands groupes au temps d'X400 est maintenant à la portée des PME

Internet ou Extranet Voir page 99

1.1.5 Invulnérable aux attaques atomiques... mais pas aux pirates : l'e-crime

Le protocole TCP/IP, système de "panneaux de signalisation", qui régule le trafic, peut en effet être assez facilement truqué par des internautes malveillants : en l'absence de mesure de protection, les messages peuvent être lus ou détournés, le site informatique envahi ou asphyxié, des virus, chevaux de Troie ou bombes logiques introduits, des adresses usurpées: là comme ailleurs, au-delà des précautions élémentaires (tous les rapports entre ordinateurs doivent être "protégés"), un choix difficile est à faire entre l'épaisseur de la cuirasse dont on se dote et la mobilité que l'on recherche

Par ailleurs la copie numérique est d'une extrême facilité et la gestion des droits d'auteurs prend une dimension nouvelle

1.1.6 Une distinction à opérer entre réseau de transport et règles de circulation: "la tuyauterie"(le réseau Internet) et les "protocoles" (les technologies Internet)

Il convient de ne pas confondre dans Internet ses 2 composantes

v "la tuyauterie" réseau d'ordinateurs hétérogènes reliés entre eux par des liaisons téléphoniques ou câblées, de capacité de trafic extrêmement variable, qui évolue de façon permanente et incontrôlable (certains n'hésitent pas à parler d'un réseau "à la Dubout")
C
v les "protocoles" qui gouvernent la circulation de ces informations à travers le réseau ,...), et qui s'imposent progressivement aussi dans des réseaux internes aux entreprises (Intranets) ou sur des réseaux reliant plusieurs entreprises, mais protégés de l'extérieur (extranets).
C

TCP/IP pour le transfert des paquets, HTTP pour le transfert de pages en hypertexte (HTML, XML), HTTPS pour les transferts sécurisés par cryptage, SMTP ( Avec grâce au metaformat MIME la possibilité de transmettre dans un même message des données hétérogènes : texte, images,...) et POP3 pour le courrier électronique, NNTP pour les News, IRC pour le "bavardage", VXML www.vxml.org pour la voix, GOPHER pour les banques de données

C'est ce que nous appellerons dans la suite de ce rapport les technologies Internet bien qu'il s'agisse davantage de "standards" que de "technologies" proprement dites.

1.2 Au-delà du mail et de la navigation, les multiples fonctions d'internet:

Les plus significatives nous paraissent être :

1.2.1.1 De nouveaux moyens de communiquer rapides, bon marché, efficaces ouvrant de nouvelles possibilités

1.2.1.1.1 Le courrier électronique l'e-mail

Outre votre message, il offre la possibilité de transmettre des "documents attachés", texte, images, sons, vidéo,...qui peuvent d'un clic être envoyés à une liste de correspondants aussi longue que souhaitée ;

Un autre clic chez le destinataire sur le bouton "répondre" et le corps du message est prêt, avec la bonne adresse pour répondre à l'émetteur (avec ou sans copie aux autres destinataires).

L'e-mail permet tout à la fois des échanges en temps quasi-réel tout en étant beaucoup moins " invasif " que le téléphone : il permet une meilleure organisation de son temps, une possibilité simple d'archiver vos messages et de les retrouver à partir de n'importe quel mot ou morceau de mot qu'il contient (expéditeur, objet, texte,...) sans avoir même besoin de les classer:

AOL indique que ses seuls abonnés ont envoyé plus d'un milliard d'e-mail sur le mois d'octobre 98

De nombreux nouveaux terminaux apparaissent qui permettent de communiquer sans ordinateur : pagers, webphones, webTV, agendas électroniques

La reconnaissance vocale qui a fait des progrès considérables permet de dicter directement le courrier (ceci est particulièrement précieux pour les cadres qui n'ont pas toujours une bonne maîtrise du clavier),

Les leaders sont Via Voice www.software.ibm.com/speech , Dragon Dictate, www.dragonsys.com et Lernout&Hauspie www.lhs.com

Nuances www.nuance.com , système multilocuteur de reconnaissance permet de prendre les ordres de bourse par téléphone www.voxml.com

Pour un panorama général de ces technologies:
www.speachcentral.com et www.voicerecognition.com

Signalons en outre qu'Elan informatique, entreprise française leader de son secteur ( www.elan.fr ) permet de lire vos messages.

Vous pouvez même envoyer un e-mail à un téléphone mobile par
numéro@sms.itineris.tm.fr

1.2.1.1.2 La téléphonie "IP": l'international pour le prix du local avec d'importantes fonctionnalités en sus

Elle permet de converser à l'autre bout du monde, bientôt en visiophonie, pour le prix d'une communication locale (celles-ci ayant pu jusqu'à présent maintenir un niveau de prix très élevé grâce à une absence de concurrence)

Net2phone, gratuit, assure la communication de PC à PC ( www.net2phone.net ) tout en gardant la possibilité, en même temps, sur la même ligne de transmettre schémas, dessins, photos ou fichiers,

Olitec
www.olitec.com lance le Speak'Net V90 qui permet d'appeler n'importe quel type de téléphones

www.von.com/teleph.html
présente informations et références dans ce domaine

L'adoption du standard H323 apporte une réponse aux problèmes de compatibilité existant encore actuellement

Aujourd'hui 30% des Californiens utilisent l'IP pour leurs appels internationaux et IDC www.idcresearch.com estime que 24 % des internautes sont prêts d'utiliser le Net comme opérateur longue distance: de 310 millions de minutes en 1998 la consommation bondit à 2,7 Milliards en 1999 (étude IDC www.idc.com)

Patrick Sarrazin de Logical a vu ainsi le coût de ses communications vers son bureau de Shangaï divisé par 10!

Grâce à l'Appliophone il n'est dès aujourd'hui même plus nécessaire de disposer d'un micro ordinateur pour profiter de la technologie IP

Bertelsman a ouvert son service Aventi à Hambourg et Munich , et MCI-Worldcom prévoit d' assurer 50% de son trafic téléphonique par internet


De nombreux prestataires permettent ainsi un appel de téléphone traditionnel (POT "plain old telephone") à téléphone traditionnel, en passant par une "passerelle IP":

On appelle un central par une liaison téléphonique locale normale, celui-ci établit la communication avec un autre central localisé près de votre correspondant qui appelle à son tour le N° demandé

C'est ce que propose Poptel www.poptel.fr avec sa carte prépayée qui offre jusqu'à 70% de rabais ou Global Media Concept, qui, grâce à son réseau de voix sur IP, annonce une réduction de 80% des factures à qualité identique

Surtout, au delà du prix la téléphonie IP permet des services beaucoup plus "riches" que la téléphonie traditionnelle: transmission de textes, de photos, de dossiers au fil de la conversation, possibilité de partage de fichier (par exemple il est possible de travailler sur un croquis), possibilité de cryptage des échanges,

Mais aussi possibilité de traitement automatique des appels " <si c'est> M Dupont <qui appelle> <alors répondre automatiquement> M Durand est actuellement absent voulez-vous laisser..."... (voir Netcentrex www.netcentrex.net) ...

1.2.1.1.3 La visiophonie pour une communication plus riche

Des logiciels comme CuSeeMe www.wpine.com sont déjà disponibles pour des vidéoconférences et vous pouvez dès aujourd'hui visualiser en direct le Kremlin http:kremlincam.com, le chantier de la Potsdamer Platz http://cityscope.icf.de/cityscope_eng/current.html l'état du trafic dans de nombreuses localités (30 caméras couvrent les points névralgiques de virginie : www.erols.com/tvn/tvn3.html ) ou ce qui se passe dans les cuisines du restaurant japonais de San Francisco où vous avez réservé pour la semaine prochaine ( www.kpix.com/xtra/live/html )

Vous pouvez également suivre l'avancement de votre propre chantier à l'autre bout du monde

1.2.1.1.4 Des Forums, des espaces pour bavarder,

Les forums de discussions (Newsgroup) les listes de diffusion (mailing list) et les espaces de bavardage (chatrooms), permettent des échanges de toutes nature entre les internautes, des plus frivoles au plus professionnels): ils se comptent aujourd'hui par dizaine de milliers

Les " chatrooms " peuvent servir de " salle de réunion virtuelle " les échanges par le protocole IRC se faisant en temps réel (mirc : www.mirc.com)

1.2.1.1.5 Un outil aussi de communication entre les machines

De nombreux appareils, équipés de microprocesseurs deviennent grâce au protocole de l'Internet (IP) capable de communiquer entre eux: IP est en quelque sorte l'espéranto des machines intelligentes

Michael Dell
pense qu'en 2001 il y aura 2 milliards d'objets connectés dont seulement le tiers d'ordinateurs et les américains parlent de "l'Evernet" pour "Internet Everywhere", ce que l'on pourrait traduire par le "tout internet"

Machines outils à commande numérique: aux USA de plus en plus d'industriels connectent leurs machines à l'Internet: cela leur permet de programmer, d'exécuter et de contrôler les travaux, de réparer à distance ou de faire appel pour ce faire à des prestataires extérieurs

Distributeur de boisson qui peut demander en fonction de ses stocks, de l'heure et de la température à être réapprovisionné...

mais aussi dans la domotique

le réfrigérateur qui gère les stocks, passe les commandes au magasin et vous propose des menus optimisés en fonction des dates de péremption. Il peut bien évidemment être consulté à distance (screenfridge Electrolux)

la machine à laver qui signale ses pannes au service après-vente (Merloni)

et les WC qui vous pèsent et procèdent aux analyses permettant d'établir votre bilan de santé en temps quasi réel grâce à une connection avec l'hopital et vous propose les menus les plus appropriés (Matsushita Tokyo)

1.2.1.1.6 La Radio et la télévision sur internet

L'augmentation des débits disponibles et l'amélioration des technologies de compression permet à de nombreuses radios d'émettre sur l'Internet et l'on entrevoit l'arrivée de télévisions à la demande

Déjà aujourd'hui, avec une résolution certes modeste on peut accéder avec Realvideo à certaines émissions (Canal Atelier de Bnp-Paribas www.canal-atelier.com , Cyperus www.cyperus.com , CanalWeb www.canalweb.net ,...) ou téléparticiper à des congrès (Il vous était loisible de suivre en direct la Conférence de Kyoto sur l'effet de serre, et poser vos questions aux orateurs www.cop3.or.jp)

EUnet Multimedia Network Service en s'appuyant sur 8 serveurs relais qui lui permettent de contrôler la qualité de bout en bout offre déjà le multimédia en direct. C'est le moment de prendre les places pour être prêt pour l'arrivée de la large bande (ATT
www.att.com, @home www.athome.net ,...)

1.2.1.1.7 Et de nouveaux outils se préparent à sortir des laboratoires

Avec gants et casque la communication (virtual technologie : www.virtex.com, alioscopie www.micronet.fr/~emuller/FRAMES/Alioframe.html ) peut également concerner le toucher ainsi que la vision et l'audition tridimensionnelle (Qsound : www.qsound.ca ).

Alpha Mos vient de lever 43 MF sur le Nouveau Marché à Paris pour numériser l'odorat et le goût.

En Californie Digiscent développe un procédé permettant de créer des odeur par ordinateur, de les diffuser via Internet et de les synthétiser chez le destinateur avec un petit boitier, iSmell équipé de cartouches d'odeurs de base

IBM de son côté développe dans ses laboratoires un écran intégré dans le verre d'une lunette

Signalons enfin FEELit espèce de souris tactile produite par la société "Immersion" y rajoute la capacité de sentir la texture de l'objet affichée sur l'écran (on imagine les applications pour le commerce électronique, notamment là où le toucher est important, comme pour les textiles)

Opiocolor
www.opiocolor.com PME installée à Opio près de Nice, fabricant des mosaïques en pâtes de verre pour fonds de piscines, salles de bain ou façades, reproduit dessins peinture ou photos que souhaite son client:

Depuis 1997, grâce à virtual Mosaïc, un logiciel relié à un casque de réalité virtuelle il permet au client de visualiser immédiatement le résultat final et d'apporter les retouches souhaitées.

Le fichier numérique est alors transmis à l'usine via internet, processus qui a conduit à ramener le délai de conception-fabrication de 3 mois à 10 jours.

L'entreprise dont on pouvait craindre la disparition face à la concurrence italienne espagnole et chinoise compte maintenant 40 personnes et a ouvert des filiales à Hong Kong et Dubaï


Enfin de nombreux laboratoires travaillent à la convergence de tous les "portables" vers un outil intégré combinant les fonctionnalités de chacun (téléphone, organiseur, pager, balladeur, microordinateur, e-book, voir page 119)

Ce type de services, gourmands en capacité de transmission, et de ce fait encore peu répandus devraient connaître un très fort développement avec les gigantesques investissements dans les fibres optiques, la mise en place de constellations de satellites en orbite basse l'utilisation par Internet des réseaux câblés, l'utilisation des transmissions par voie hertzienne (MMDS), les nouvelles normes permettant le haut débit pour les mobiles, l'utilisation des réseaux électriques permettant de hauts débits3(*), le développement d'algorithmes de compression et l'arrivée à maturité d'une nouvelle technologie (ADSL www.adsl.com ) permettant une multiplication par plus de 100 de la capacité des paires de cuivre des lignes téléphoniques traditionnelles voir page 114

1.2.1.1.8 Trouver des informations parmi des centaines de millions de documents

Internet est en passe de devenir le premier réflexe dans un processus de recherche d'information

1.2.1.1.9 Les moteurs de recherche

On estime actuellement le nombre de documents publiées par les entreprises, les chercheurs, les institutions ou les particuliers à 1,8 milliard dont 800 millions accessibles par le Web:

S'il est aisé de trouver un document dont vous connaissez l'adresse et, en suivant les "liens", de naviguer d'un document à l'autre à la recherche d'information, ce type de "navigation" au hasard sur le Web trouve rapidement ses limites:

une des innovations majeures qui ont concouru au développement du Web sont les "Moteur de Recherche"

Ces outils informatiques puissants et conviviaux, permettent de trier parmi cette masse d'information considérable et il n'est pas exclu de trouver une aiguille dans une botte de foin parmi les 300 millions de documents qu'ils analysent et indexent

Par ailleurs les logiciels de traduction automatique, quoique encore perfectibles (on devrait plutôt parler d'outils de compréhension voir page 37), permettent de ne pas limiter sa recherche aux sites dont on comprend la langue

Ces moteurs sont utilisés plusieurs dizaines, voire centaines de millions de fois par jour (RelevantKnowledge, oct 98)

Les plus visités ont pour nom Yahoo! www.yahoo.com, Excite www.excite.com, Infoseek www.infoseek.com, Lycos www.lycos.com, HotBot www.hotbot.com ou Alta Vista www.altavista.com,

De nouveaux venus tout à fait remarquable par leur vitesse et leur pertinence apparaissent chaque mois dont certains comme Fast Search
www.alltheweb.com et surtout Google http://google.com méritent d'être signalés

Pour les moteurs francophones citons, outre les déclinaisons spécialisées des moteurs américains, Voilà
www.voilà.fr ou Lokace www.lokace.fr,),

Des "métamoteurs" font travailler en parallèle les meilleurs moteurs du moment et vous livrent une synthèse (plus ou moins élaborée) des résultats. Parmi les plus connus : MetaCrawler
www.metacrawler.com Mega Francité http://mega.francite.com, SavvySearch www.savvysearch.com

d'autres moteurs plus spécialisés, prenant acte du fait que les moteurs généralistes ont du mal à suivre l'explosion du nombre de sites et n'en référencent plus qu'une partie, permettent de meilleurs résultats dans certains domaines comme

la recherche d'adresses avec Voilà
www.adressemail.voilà.fr Yahoo! Annuaires http://fr.people.yahoo.com Lycos WhoWhere http://french.whowhere.lycos.com,

La recherche de logiciels avec Filez.com
www.filez.com,

Les fichiers son, image ou vidéo avec Media Finder
http://image.altavista.com

La gastronomie avec Gourmetsecker www.gourmetsecker.com  ,

Ou une région Click'in! Auvergne
http://clickin.gdebussac.fr , Nantes www.cybernantes.com ,la façade atlantique www.alouest.net , Breizhoo www.breizhoo.com pour la Bretagne

Certains moteurs permettent également de rechercher de la musique
http://mp3search.lycos.com , voire même des images :

L'Inria a développé Surfimage qui permet de retrouver les images qui " ressemblent " le plus au modèle proposé
www-rocq.inria.fr/cgi-bin/imedia/surfimage.cgi qui sera développé par la start-up Elucid Technologie

pour un panorama complet et à jour sur les moteurs, avec banc d'essai, classement par catégorie,... voir www.abondance.com, www.searchengines.net, www.beaucoup.com, www.search.com, http:/